Définition de l’art en général

Aujourd’hui, l’art semble s’adresser à tous par la conviction. De plus, il concerne la société dans son ensemble et s’allie aux moyens de communication de masse pour le rendre accessible même à ceux qui ne le rechercheraient pas spontanément. Toutefois, l’art, dans ses formes contemporaines, est souvent réputé éloigné du public, d’accès difficile et réservé à des initiés.

 

L’art est une création

Toute action s’exerce dans le domaine de la contingence. Des choses peuvent exister de différentes manières, contrairement à celles qui adviennent nécessairement. Une telle distinction peut paraître inutile, mais considérée trop évidente. Elle nous rappelle pourtant que certaines choses sont hors de notre pouvoir, est déterminée à l’avance, inévitable, ou fixée par la nature : distinguer le possible de l’impossible est un préalable à l’exercice de la liberté. L’homme se rend donc capable d’agir et d’exercer sa liberté, par l’art, d’une manière différente que par l’action morale ou politique. Par ce pouvoir d’agir sur le monde extérieur, il se fait le rival de la nature : la pierre est naturelle, et son érosion dépend du hasard, mais, sous l’empire de la raison et du travail, elle devient temple ou statue.

 

L’art est un travail

Nous avons pu voir que l’interrogation sur le sentiment esthétique était fondamentale, mais insuffisante : l’œuvre qui provoque ce sentiment nous invite aussi à comprendre son élaboration, sa production, à nous demander quelle est la nature de l’activité artistique. À cet égard, la notion d’inspiration représente un véritable défi pour la réflexion. Inversement, l’intégration à l’art conduit l’homme dans l’actualité. Son œuvre d’art se manifeste par le fonctionnement de son esprit, mais ne nous renseigne pas directement sur le processus de création. En effet, la dimension sensible de l’art, le fait qu’il se déploie dans le domaine matériel, nous invite à envisager la création artistique comme un travail, quitte à pratiquer entre ces deux notions les distinctions qui conviennent. L’art suppose la maîtrise d’une matière pliée à un certain dessein, une habileté conquise par l’artiste, l’invention de moyens pour parvenir à la réalisation. L’impression de faire sortir sa performance fait l’œuvre d’art par la qualité de l’artisanat. Ce serait alors le résultat d’un apprentissage, d’une persévérance, de techniques patiemment reproduites et améliorées. Cependant, nous avons spontanément le sentiment que toutes les œuvres soignées ne relèvent pas de l’art au même titre, ne sont pas belles dans le même sens ; pour savoir si ce sentiment est fondé, il faudra examiner les notions de technique et d’artisanat, et essayer de dépasser peut-être l’opposition rigide entre ce qui relève de l’art et ce qui n’en relève pas.

 

Selon Aristote, l’art nous aidera, en nous proposant une conception de la technique et de la production qui inclut une part de création : l’art choisit dans le savoir-faire et dans l’intention de fabriquer quelque chose qui appartient en même temps à l’artisan et à l’artiste. La description des spectateurs contraste en effet avec la distance affichée par l’artiste qui vante son métier, qui évoque sa maîtrise de l’effet provoqué, son réalisme et son souci du gain.